L'église Saint Julien et Sainte Baselisse

 Eglise Saint Julien et Sainte Basselisse de Vinça :
Un haut lieu de l’art baroque

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La première mention d’une église paroissiale à Vinça date de 1043. Aujourd’hui, seules quelques statues médiévales, dont une exceptionnelle Mise au Tombeau datant du XVe siècle, de même que les ferrures romanes du portail d’entrée, typiques de l’art du fer forgé catalan du XIIe siècle, témoignent du mobilier de cette église primitive.

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C’est au XVIIIe siècle, entre 1734 et 1769, qu’est bâti à l’emplacement de l’église romane devenue trop petite un nouveau lieu de culte de style gothique méridional tardif, qui a été précédé par la reconstruction du clocher à tourelles dans les années 1640. Prouesse architecturale, l’église dédiée aux saints Julien et Baselisse s’insère au coeur du centre médiéval de la cité, étroit et sinueux. La nef unique est voûtée d’ogives, composée de 5 travées, pour une longueur de 30 m et une hauteur de 18 m à la clef.

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glise5La relative austérité extérieure du bâtiment est à l’image des églises catalanes de cette époque. Une originalité cependant : la devise républicaine inscrite au fronton du portail d’entrée, un témoignage du début du XXe siècle.

 Mais le véritable intérêt de l’église réside dans sa décoration intérieure, et tout particulièrement dans l’art du retable, construction verticale de bois ou de marbre située en arrière d’un autel, et portant des décors sculptés, peints et souvent dorés à la feuille. Existants au Moyen Age, les retables prennent leur essor dans la mouvance du concile de Trente (1545-1563) qui vise à réformer l’Eglise Catholique face à la montée du protestantisme en Europe.

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Cette nouvelle forme de piété baroque, avec une iconographie accessible aux fidèles les plus humbles, s’accompagne d’une révolution artistique. Le pays catalan s’enorgueillit alors de grands ateliers de maîtres, la grande majorité d’entre eux ayant exercé leur talent à Vinça, faisant de son église un véritable conservatoire de l’art baroque roussillonnais. Ces artistes de génie ont pour nom Louis GENERES, Jean-Jacques MELAIR, Joseph SUNYER ou encore Patrice et Joseph NEGRE.

L’ORGUE JEAN PIERRE CAVAILLÉ

glise9Autre élément contribuant à faire de l’église Saint Julien et Sainte Basselisse de Vinça un haut lieu de l’art religieux, son orgue de style Louis XV réalisé par Jean-Pierre Cavaillé entre 1760 et 1765. En 1767, l’artiste, qui a épousé Maria Coll à Barcelone, fonde la dynastie des « Cavaillé-Coll », grande famille signataire d’orgues prestigieux jusqu’à la fin du XIXe siècle. Surmonté d’une statue du roi David et deux anges musiciens, cet orgue aujourd’hui classé « Monument Historique » a été déplacé d’une chapelle latérale vers son emplacement actuel au dessus de la nef en 1864.

L’association « Jean-Pierre Cavaillé », fondée en 1976 pour œuvrer à la restauration et à la mise en valeur de l’orgue, est à l’origine du festival de musique de Vinça qui propose chaque été une série de concerts baroques dans l’église lors desquels se produisen t les musiciens et les organistes les plus prestigieux. Le festival a fêté en 2010 sa 35ième édition.

Au fil des ruelles

LE CARMEL

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Ce sont les moines Capucins qui, en s’installant à Vinça en 1582, seront à l’origine de la construction de ce bâtiment en périphérie du centre.
Les Capucins devront quitter les lieux à la Révolution Française avant que M. Raphaël Mollins de Barescut ne rachète la propriété en 1841 avec la ferme intention de lui redonner sa vocation initiale.
C’est ainsi que naît en 1861 le Carmel de Vinça, constitué de moniales en provenance du Carmel de Nice. Celles-ci vont rapidement impulser des travaux d’agrandissement au bâtiment primitif.
Mise à mal au début du XXe siècle suite aux lois sur les associations et à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la communauté carmélite doit trouver refuge dans le centre bourg avant qu’une nouvelle communauté venue d’Arenys de Mar en Espagne ne réinvestisse le couvent en 1920.détail carmel vinça Alternant temps de prières, temps de contemplation silencieuse et travaux artisanaux (vêtements, broderie, confitures, gâteaux, cartes de vœux…), les Carmélites continuent de vivre suivant leur propre règle monastique. Si le couvent n’est pas ouvert à la visite, chacun peut néanmoins participer aux messes et offices organisés par la communauté religieuse.

 

25, Route de Joch - 66320 VINCA - Tel: 04 68 05 81 72

Web: http://lecarmeldevinca.over-blog.com/

 


L’HOSPICE

 

hospice de vinçaA la fin du Moyen Age, la vocation d’un hôpital n’est pas encore médicale et ce n’est qu’à partir des XVIIe et XVIIIe siècles que, progressivement, l’institution commence à assurer les missions de soins aux malades que nous lui connaissons aujourd’hui, en continuant dans un premier temps à respecter les valeurs chrétiennes de charité et de solidarité.

Depuis le XVe siècle, l’hospice abrite une chapelle dédiée à Saint-Sébastien, martyr chrétien du IIIe siècle après J-C. Bernard Alart, personnage originaire de Vinça et directeur des Archives Départementales des Pyrénées-Orientales à la fin du XIXe siècle, en situe la construction vers 1450. C’est également au cours de ce siècle que naît à Vinça l’une des plus anciennes confréries de Saint-Sébastien qui va perdurer fort longtemps en siégeant dans la chapelle de l’hospice. Saint-Sébastien, protecteur de la chrétienté contre la peste et les épidémies, fait depuis cette époque l’objet d’une vénération importante à Vinça au même titre que Saint-Gaudérique, patron des laboureurs et maître des eaux. Cette ferveur est réactivée au milieu du XIXe siècle, quand en 1854 une terrible épidémie de choléra s’abat sur la région.

chapelle hospice vinça

De même, c’est durant cette période que la chapelle fut dotée d’un retable à la française comprenant une toile encadrée de deux colonnes et surmontée d’un fronton. Concernant le mobilier de la chapelle, retenons un ensemble sculpté baroque datant de la fin du XVIIe siècle qui représente la vierge écrasant un dragon, mais aussi une vierge romane en bois du XIIIe siècle transférée récemment de l’hospice vers l’église paroissiale Saint-Julien par mesure de sécurité. Les deux œuvres sont aujourd’hui classées « Monument Historique ».
plaques hospice vinça

Au XIXe et début XXe siècle, l’hospice de Vinça assure encore des missions d’aide aux plus démunis et de soins aux malades. On peut encore aujourd’hui observer sur les murs de la chapelle de nombreuses plaques datant de cette époque qui rappellent les dons effectués à l’hospice par les personnes les plus aisées de Vinça. Par leur geste de solidarité envers leur prochain, les généreux donateurs se voyaient octroyer un certain nombre de messes assurant ainsi le salut de leurs âmes. Cependant, après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905, l’hospice de Vinça ne peut plus recevoir de dons financiers de la part des fidèles, comme la plupart des établissements religieux. Son activité va alors diminuer, d’autant plus après la seconde guerre mondiale tandis que se dessinent les contours de l’hôpital laïc moderne et que se met en place la sécurité sociale. L’activité de l’hospice cesse définitivement en 1955, le bâtiment étant dans un premier temps utilisé par le Bureau d’Aide Sociale, ancêtre de nos actuels Centre Communaux d’Action Sociale (CCAS). Ce vaste bâtiment chargé d’histoire fut dernièrement utilisé comme auberge de jeunesse et accueillera prochainement notre centre culturel et touristique, futur lieu de vie privilégié des vinçanais et des visiteurs.

 

 

 

 

maison à colombages vinça

colombages vinça

 

 

Les maisons à encorbellements, dites aussi à colombages, sont encore présentes aujourd’hui dans le paysage vinçanais, ce qui est plutôt rare à l’échelle du département. « 1619 » : cette inscription gravée sur un linteau de porte en marbre rose témoigne de l’ancienneté de ces demeures et de leur valeur patrimoniale. Typiques de l’architecture civile de la fin du Moyen Age et de l’époque moderne, les maisons à encorbellements embellissent de façon pittoresque le centre bourg de Vinça et sont facilement reconnaissables à leur structure de pans de bois et leurs étages en saillie plongeant sur la rue.

LES ORATOIRES
Omniprésentes à Vinça, au détour des rues, sur les façades des maisons, les niches oratoires sont au nombre de 25 sur le territoire de la commune. Ayant longtemps conféré à la cité l’appellation de « Vinça la Sainte », ces petits lieux de prières et de recueillement érigés en l’honneur des saints renferment des sculptures parfois naïves, souvent raffinées… Les oratoires apparaissent ainsi comme des témoins de la ferveur religieuse de nos ancêtres, les plus anciens datant pour leur part des XVIIe et XVIIIe siècles.

saint antoine vinçanotre dame vinçasaint joseph vinça

LA PROMENADE, CHAMP DE FOIRE

promenade saint andré vinça


Aux XIXe et XXe siècles, Vinça est aussi connue pour être une grande ville de foires, la plus importante étant celle de la Saint-André. A la fin novembre, l’actuelle Promenade était ainsi remplie d’animaux en tous genres que s’échangeaient éleveurs et particuliers venus pour certains des confins de la Cerdagne. La foire perdure encore de nos jours, bien que sa vocation agricole ait largement diminué.

promenade vinça

 

Vinça ville d'eau

 vue aérienne vinça

 Située au confluent de la Têt et de la Lentilla, arrosée par les eaux du Réal, sillonnée par d’ancestraux canaux d’irrigation, Vinça a toujours entretenu un lien privilégié avec l’élément aquatique, la ville étant aussi reconnue pour son imposant barrage sur la Têt et son lac de plaisance dont profitent chaque année des milliers de visiteurs. La maîtrise de cette eau généreusement offerte par les monts pyrénéens, au premier rang desquels se situe le Canigou, a représenté à chaque époque un enjeu majeur pour le développement et l’épanouissement des activités humaines. La rencontre entre l’Homme et la source de vie nous a ainsi légué d’innombrables témoignages encore perceptibles dans le paysage contemporain.

 LES CANAUX D’IRRIGATION : UNE PREMIERE DOMESTICATION DES COURS D’EAU AU SERVICE DE L’AGRICULTURE

 Le Bas Conflent, au même titre que le Roussillon, est connu pour la faiblesse et l’irrégularité de ses précipitations. Au Moyen Age, le manque d’eau et de terres cultivables impose aux populations des activités agricoles orientées autour de la vigne et des céréales pauvres. Dans les environs de Vinça, les seigneurs, maîtres des grands domaines fonciers, vont peu à peu, à partir du XIIIe siècle, autoriser les communautés villageoises à dévier les cours d’eau, d’abord pour fournir de l’énergie aux moulins à grains seigneuriaux, puis pour satisfaire les besoins en irrigation des terres.


LE REC MAJOR OU CANAL MAJEUR

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Par un acte daté de 1282, le seigneur de Joch, Arnaud de Cortsavy, autorise les villageois à dévier les eaux de la Lentilla et à aménager un canal destiné à l’arrosage des terres. La prise d’eau sur la Lentilla (ou resclosa) se fait dans la vallée entre Finestret et Baillestavy. Achevé au début du XIVe siècle, le Rec Major parcourt, encore aujourd’hui, 4 Km à flanc de montagne avant de déboucher sur la plaine, puis sur le village de Joch, pour une longueur totale de 9 Km. A Joch se situe le centre de partage des eaux où l’on peut voir le départ de plusieurs branches destinées à desservir la plaine et les différents villages. La gestion, l’entretien du canal et la rotation des tours d’eau ont très tôt été réglementés, la mise en place des Associations Syndicales Autorisées (ASA) au XIXe siècle n’ayant guère modifié la codification. Ainsi, dès la fin du XIIIe siècle, le seigneur décide que les villages de la « Baronnie » (Joch, Finestret, Rigarda) bénéficieront de l’eau du dimanche midi au mercredi matin tandis que Vinça prendra le relais jusqu’au samedi midi.

 


centre de partage des eaux de JochDès lors, avec l’arrosage vont naître de nouveaux terroirs cultivables permettant d’évoluer vers une polyculture vivrière, une activité agricole diversifiée par les céréales et les légumes. D’autres canaux serpentent l’arrière pays vinçanais comme celui desservant Espira-de-Conflent et Estoher aménagé au XIVe siècle, et celui de Finestret (le rec del Moli) datant pour sa part du XVIIIe siècle. Ces canaux multiséculaires étaient auparavant bâtis à l'aide de pierres sèches ou encore de bois consolidé d'un ciment étanche à base de chaux et de terbol. Ils ont été bétonnés dans les années 1950, à l’image des autres canaux du Roussillon, mais leurs silhouettes bien présentes dans le paysage témoignent aujourd’hui encore du génie créateur de nos ancêtres. C’est un important patrimoine à sauvegarder.



LE CANAL ROYAL DE THUIR

canal de corbère ancien canal royal de thuirL’histoire des canaux de Vinça, c’est aussi celle du canal royal de Thuir, certainement le plus important aménagement hydraulique de la période médiévale en Roussillon. Le canal royal de Thuir, construit pour l’irrigation à l’initiative des rois de Majorque dans les premières années du XIVe siècle, s’étend sur une trentaine de kilomètres et alimente en eau la ville de Perpignan. Sa prise d’eau se trouve alors à Vinça, juste en aval de l’actuel barrage. A cette époque, il traverse d’abord la Têt pour alimenter le canal de Rodès irriguant la rive gauche de la rivière, puis il enjambe à nouveau la Têt par un pont aqueduc encore visible aujourd’hui dans les gorges de la Guillera pour aller jusqu’à Thuir, et Perpignan. Sa gestion est très réglementée, des « réguiers » étant nommés par le roi pour veiller au bon fonctionnement du canal sur des territoires bien délimités, ceci sous l’autorité d’un « réguier majeur ».



canal de corbère vinçaEn 1423, le canal royal de Thuir est dévasté par les inondations. Les rois d’Aragon, ayant remplacé ceux de Majorque, décident alors de construire un nouveau canal, celui de Perpignan dont la prise d’eau se situera bien plus à l’est de Vinça, au niveau d’Ille-sur-Têt. Un tronçon nouveau est ainsi aménagé d’Ille à Thuir, le tracé de la portion Thuir Perpignan reprenant quant à lui celui du premier canal royal de Thuir. Avec le passage du canal de Thuir au canal de Perpignan et la nouvelle prise d’eau à Ille, la portion de l’ancien canal de Thuir « Vinça Bouleternère Thuir » est abandonnée. Mais en 1430, Louis d’Ohms, seigneur de Corbère, obtient la concession de cette partie supérieure abandonnée. Il la fait remettre en état, ce canal devenant celui de Corbère. Après le canal de Perpignan, un nouveau canal est crée correspondant à l’actuel canal de Thuir. Sa prise d’eau se fait sur la Têt entre Rodès et Ille, un nouveau tracé menant l’eau jusque dans les environs de Corbère, lieu où le canal se jette dans l’ancien canal royal de Thuir.

 

evolution du canal royal de thuir

 

 

Des prises d’eau ont donc été crées au fil du temps en des points différents de la Têt, mais tous ces canaux, au nombre de trois aujourd’hui, rejoignent à un moment donné le primitif canal royal de Thuir. De nos jours, il est encore possible de suivre le cours du canal royal à pied depuis Vinça jusqu’à Perpignan.


 

ENTRE PLAISIR ET NECESSITE : TEMOIGNAGES DE L'EAU AU SIECLE DERNIER


LES BAINS DISPARUS DE NOSSA

bains de nossa début XXe

A l’image d’autres communes thermales du département, Vinça possédait autrefois ses propres bains, avec les établissements de Nossa. Construits au début du XIXe siècle, ils ont été exploités jusque dans les années 1930. Les bains se trouvaient situés au confluent de la Têt et d’un ruisseau nommé « coma calenta », bien connu pour ses eaux sulfureuses et déjà mentionné dans un texte de 1286. En 1810, Sébastien Escanyé, maire de Vinça, devient propriétaire du terrain et décide de construire un établissement thermal. On compte alors environ 80 curistes par an dans les années 1830, avant que la famille Escanyé ne vende les bains en 1876.



Les nouveaux propriétaires effectuent de nombreux aménagements, notamment la création d’un grand parc ombragé qui deviendra le lieu de promenade dominicale privilégié des vinçanais. Les bains vont prospérer pendant un certain temps avant la cessation définitive de l’activité. Au cours des années 1970, les bains de Nossa seront entièrement rasés pour faire place au barrage, au grand désespoir des habitants de Vinça. Seule une plaque intitulée « Pont de Nossa » entretient aujourd’hui leur souvenir.


D’EAU ET DE MARBRE : LES FONTAINES DE VINCA


fontaine vinçaLa mémoire de l’eau s’exprime également au cœur du centre historique de Vinça. Ainsi, la cité comptait autrefois une quinzaine de fontaines, lavoirs et abreuvoirs remarquables qui subsistent aujourd’hui bien qu’en nombre réduit. Ces témoignages de la vie quotidienne d’autrefois datent pour la plupart du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Majoritairement construits en marbre rose de Villefranche-de-Conflent, ils participent à enrichir la vaste palette des couleurs rencontrées dans le centre bourg.

 



LE BARRAGE DE VINCA : PROUESSE DU GENIE CIVIL ET MAITRISE DE L’EAU AU XXe SIECLE


L'HISTOIRE D'UN GEANT

C’est à partir du milieu du XIXe siècle que commence véritablement à se poser la question globale de l’irrigation en Roussillon, sous l’effet des pénuries successives d’eau en période estivale. Non loin des sources de la Têt, au niveau de la cuvette naturelle des Bouillouses, un premier barrage est construit par l’Etat entre 1902 et 1910. C’est néanmoins la production hydro-électrique qui y sera privilégiée au dépend de l’agriculture. Evoquée dans les années 1880, la question d’un barrage à Vinça resurgit dans un rapport de l’ingénieur Quesnel daté de 1935.

L’idée consiste à créer dans le défilé en aval de Vinça un ouvrage dédié à la fois à l’irrigation et à la production hydro-électrique. L’étanchéité de la cuvette granitique de Vinça sera suffisante pour limiter les infiltrations tandis que l’ensablement de la retenue provoqué par l’afflux de sédiments ne devrait pas se produire avant au moins une centaine d’années. Il faudra néanmoins prévoir des vidanges périodiques pour provoquer un phénomène de « chasse ». Le projet, loin de faire l’unanimité, ne sera repris qu’en 1957 par les Ponts et Chaussées. Entre temps, le département aura connu une crue millénaire, la fameuse aiguat de 1940, qui a causé des dégâts considérables tant humains que matériels dans les vallées de la Têt et du Tech. Après ce sinistre épisode, l’écrêtage des crues deviendra une nécessité.

digue du barrage de vinçachute d'eau barrage de vinça

vue aérienne barrage vinça

Le barrage de Vinça est finalement construit entre 1974 et 1978 au niveau de la gorge formée par la colline Saint-Pierre de Belloch. L’ouvrage affiche des dimensions colossales : une longueur de 190m, une hauteur de 60m, ceci pour une largeur au sommet de 6m. Il a permis la création d’un lac artificiel étroit et allongé de 24 millions de m3 d’eau, pour une surface de 190ha au maximum de son remplissage. Le barrage est la propriété du Conseil Général, principal financeur du projet. Il a deux objectifs principaux : l’irrigation et l’écrêtage des crues, la production électrique étant abandonnée. Sur le plan agricole, il doit améliorer les conditions d’irrigation existantes et permettre la création de nouveaux secteurs irrigués. Dès sa création, il garantit l’arrosage estival d’environ 7000 ha de cultures dans la basse vallée de la Têt, alimente pour cela les vieux canaux de Corbère, de Thuir et de Perpignan, et permet une intensification des productions fruitières dans le Riberal et la partie inférieure du Roussillon.

 


Pour concilier sa fonction agricole et son rôle de protection contre les crues, le barrage est soumis à un fonctionnement annuel en trois périodes :

• Du 1er janvier au 30 juin, la retenue se remplit lentement bénéficiant de la fonte des neiges et des pluies printanières ;

• du 1er juillet au 30 septembre, l’eau est progressivement déstockée pour les besoins de l’irrigation ;

• du 1er octobre à la fin de l’année, la retenue est pratiquement vide pour pouvoir absorber ou écrêter les crues d’automne, les plus fréquentes et les plus dangereuses dans le bassin de la Têt.

Equipement hydraulique majeur de la Têt, le barrage de Vinça a été accompagné dans les années 1970 par l’aménagement d’une seconde retenue d’eau : celle de Villeneuve de la Raho, localité située à quelques kilomètres au sud de Perpignan. Destinée à l’irrigation de la partie méridionale du Roussillon, cette retenue de 150 ha constitue un seul et même complexe avec la retenue de Vinça qui l’alimente par le biais des canaux de Perpignan, de Corbère et de Thuir.

Propos inspirés par l’ouvrage : Numa BROC, Michel BRUNET, Sylvie CAUCANAS, Bertrand DESAILLY et Jean-Pierre VIGNEAU, De l’eau et des hommes en Terre Catalane, Perpignan, Editions El Trabucaïre, 1992.


LE LAC DES ESCOUMES

lac des escoumes

 

Non prévu à l’origine, le petit lac des Escoumes est venu agrémenter le paysage aquatique vinçanais parallèlement à la construction du barrage. La digue des Pountets, haute de 25 m, isole un plan d’eau de 11 ha pour environ 1 million de m3. Séparé de la retenue d’eau principale du barrage au nord, le lac des Escoumes a donc un niveau constant qui le rend propre aux activités touristiques et nautiques en particulier : baignade, voile, camping... La qualité de son eau, ainsi que la silhouette majestueuse du Canigou qui s’y reflète, en font un lieu très apprécié des visiteurs.

 






UNE ARBORICULTURE IRRIGUEE STRUCTURANT LE PAYSAGE

pêchers en fleur vinça

Dans la région de Vinça, et plus généralement dans la plaine du Roussillon, le XXe siècle a marqué le passage d’une polyculture vivrière à une monoculture basée sur l’exploitation des arbres fruitiers. Aujourd’hui, le Roussillon est devenu le premier producteur et exportateur français de pêches, abricots et nectarines. Cet essor fruitier a été rendu possible par l’amélioration des techniques d’irrigation et l’arrivée du chemin de fer qui a procuré un débouché commercial aux productions locales. Dans l’arrière pays vinçanais, l’arboriculture omniprésente structure l’harmonie d’un paysage agraire bien identifié par sa teinte rosée printanière sur fond de Canigou enneigé.




arrosage localisé vinça

En parcourant les champs d’arbres fruitiers, on distingue les vieux canaux d’irrigation gravitaires sur lesquels chaque usager devait venir « se brancher » pour arroser sa parcelle. Le rôle de ces canaux gravitaires, en grande partie cantonné aujourd’hui à l’arrosage des jardins, tend à régresser. Un nouveau type d’arrosage s’est progressivement imposé depuis les années 1970 consistant à amener de l’eau sous pression aux différentes parcelles. On parle d’arrosage localisé ou encore de « goutte à goutte ». A partir des ancestraux canaux gravitaires, l’eau est d’abord filtrée dans des stations avant d’être envoyée dans des canalisations souterraines. Chaque groupe de parcelles dispose alors d’une antenne qui distribue l’eau à chaque terrain par un système de vannes, le vannier assurant la rotation des tours d’eau. Ce système bien que souterrain est néanmoins très visible dans le paysage avec les nombreux tuyaux équipés de micro jets qui serpentent à travers les champs de pêchers.

Au total, ce sont deux méthodes d’irrigation, gravitaire et localisé, qui cohabitent aujourd’hui dans la plaine, régies par leur propre règlement.

 

 

Histoire de Vinça

 VINCA : UNE ANCIENNE VILLE ROYALE AU CÅ’UR DE LA CATALOGNE

Les premiers documents connus concernant la ville de Vinça datent du Xe siècle, où il est d’abord fait mention d’un Castrum Vinsanum en 939, puis d’une Villa Vincanum en 950. Le nom Vincius, supposé dériver d’un personnage latin, et accompagné du terme villa désignant un domaine agricole, est peut-être révélateur d’une origine gallo-romaine de la cité, ce que l’on ne peut néanmoins que supposer faute de preuves.

vue générale vinça
A l’époque carolingienne (VIIIe – Xe siècles), le castrum de Vinça, mentionné en 939, correspond sans doute à un château féodal primitif qui devait être situé près de l’endroit ou aller se développer un village fortifié dès le XIIème siècle, celui que nous connaissons aujourd’hui. Certains historiens pensent d’ailleurs que l’origine étymologique du terme vincanum aurait un rapport avec les circonscriptions administratives carolingiennes connues sous le nom de vigueries, ou vicaria. C’est au XIe siècle qu’est bâtie l’église primitive de Vinça dédiée à Saint-Julien, ainsi que la petite chapelle romane Saint-Pierre-de-Belloch située sur la colline qui surplombe l’actuel barrage sur la Têt.




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Possession directe des comtes de Cerdagne Conflent, Vinça devient ville royale au XIIe siècle lorsque les comtés de Roussillon et de Cerdagne Conflent sont intégrés dans le royaume d’Aragon. Au sein de ce royaume aragonais, Nuno Sanche, qui est le comte viager de Cerdagne Conflent, accorde en février 1218 à la ville de Vinça les privilèges d’une ville franche, comme à Villefranche-de-Conflent.

Ces mêmes privilèges sont confirmés et augmentés le 22 octobre 1245 par Jacques Ier le Conquérant, père du futur Jacques II, fondateur d’un éphémère royaume de Majorque centré sur Perpignan et émancipé de la tutelle aragonaise jusqu’en 1344. En contrepartie des franchises accordées, les habitants doivent construire et entretenir à leurs frais de nouvelles fortifications, les remparts primitifs de Vinça étant soit tombés en ruine, soit devenus trop étroits au regard de la croissance du village.


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Cette muraille encore largement visible aujourd’hui n’a conservé que deux de ses portes médiévales : la porte de France ou de Marcevol, et la porte du Barri del Prat ou de Domanova ; le barri désignant en français le faubourg qui s’est développé en dehors des remparts au XIIIe siècle sous l’effet de la croissance démographique mais aussi des franchises ayant attiré de nombreux artisans. La porte del Puig et celle de la Vilanova ont quant à elles été détruites aux XIXe et début XXe siècles. Dans les années 1330, de nouvelles murailles seront édifiées pour protéger les faubourgs en pleine expansion. La ville abrite ainsi 124 feux en 1367, soit environ 500 habitants, alors que Prades n’en compte que 300 à la même époque.
En 1347, après avoir adopté le parti du roi de Majorque Jacques II, Vinça doit subir l’attaque des partisans du roi d’Aragon avant de céder aux vainqueurs. Les habitants de Vinça, punis par le roi d’Aragon, seront alors temporairement privés de fortifications et devront se réfugier au village fortifié d’Espira, à environ 6 Km, en cas de danger.

Ville royale jusqu’alors, la seigneurie de Vinça va être donnée en franc alleu par le roi d'Aragon Pierre III à ses filles Constance (reine de Sicile) et Jeanne en 1375. Ce fut cette dernière qui hérita finalement de Vinça, la seigneurie évoluant par la suite en fonction des alliances et mariages successifs. Précisons que la fin du XIVe siècle marque l’âge d’or d’une Catalogne englobée dans un royaume aragonais dont les possessions s’étendent sur le pourtour méditerranéen jusqu’en Sardaigne et en Sicile.

blason vinçaConfisquée pendant quelques années par Louis XI (1468-1493) durant la première occupation militaire française du Roussillon, la seigneurie de Vinça sera ensuite partagée entre diverses familles, avant d'être rachetée par le domaine royal en 1586. A cette date, Vinça redevient donc ville royale, et le restera jusqu'à la Révolution Française. Ses origines royales expliquent que, depuis 1350 au moins, année où le consulat se procura un sceau, Vinça ait arboré pour ses armes les pals d’Aragon qu’elle échangera contre les fleurs de lys françaises après le traité des Pyrénées de 1659 et l’intégration définitive du Roussillon à la couronne de France.

A la Révolution Française, le hameau de Sahorle, au sud-ouest de la ville, est rattaché à la commune de Vinça. Il abrite une chapelle baroque du XVIIe siècle dédiée à Sainte-Marie Madeleine.


Au début du XXe siècle, la municipalité de Vinça reprend l’expression portée par la girouette de la maison Sabater, « ARA I SEMPRE » (maintenant et toujours), pour en faire sa devise républicaine.

Lors de ce même siècle, et avec la montée des préoccupations agronomiques en Roussillon, le destin de Vinça bascule. La ville va dès lors accueillir le plus important aménagement hydraulique du cours de la Têt, le barrage de Vinça, tandis que dans l’arrière pays pêchers et abricotiers recouvrent la plaine de leur magnifique teinte rosée au sortir de l’hiver.

 

pêchers vinça