| Vinça ville d'eau |
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Située au confluent de la Têt et de la Lentilla, arrosée par les eaux du Réal, sillonnée par d’ancestraux canaux d’irrigation, Vinça a toujours entretenu un lien privilégié avec l’élément aquatique, la ville étant aussi reconnue pour son imposant barrage sur la Têt et son lac de plaisance dont profitent chaque année des milliers de visiteurs. La maîtrise de cette eau généreusement offerte par les monts pyrénéens, au premier rang desquels se situe le Canigou, a représenté à chaque époque un enjeu majeur pour le développement et l’épanouissement des activités humaines. La rencontre entre l’Homme et la source de vie nous a ainsi légué d’innombrables témoignages encore perceptibles dans le paysage contemporain.
Le Bas Conflent, au même titre que le Roussillon, est connu pour la faiblesse et l’irrégularité de ses précipitations. Au Moyen Age, le manque d’eau et de terres cultivables impose aux populations des activités agricoles orientées autour de la vigne et des céréales pauvres. Dans les environs de Vinça, les seigneurs, maîtres des grands domaines fonciers, vont peu à peu, à partir du XIIIe siècle, autoriser les communautés villageoises à dévier les cours d’eau, d’abord pour fournir de l’énergie aux moulins à grains seigneuriaux, puis pour satisfaire les besoins en irrigation des terres.
Par un acte daté de 1282, le seigneur de Joch, Arnaud de Cortsavy, autorise les villageois à dévier les eaux de la Lentilla et à aménager un canal destiné à l’arrosage des terres. La prise d’eau sur la Lentilla (ou resclosa) se fait dans la vallée entre Finestret et Baillestavy. Achevé au début du XIVe siècle, le Rec Major parcourt, encore aujourd’hui, 4 Km à flanc de montagne avant de déboucher sur la plaine, puis sur le village de Joch, pour une longueur totale de 9 Km. A Joch se situe le centre de partage des eaux où l’on peut voir le départ de plusieurs branches destinées à desservir la plaine et les différents villages. La gestion, l’entretien du canal et la rotation des tours d’eau ont très tôt été réglementés, la mise en place des Associations Syndicales Autorisées (ASA) au XIXe siècle n’ayant guère modifié la codification. Ainsi, dès la fin du XIIIe siècle, le seigneur décide que les villages de la « Baronnie » (Joch, Finestret, Rigarda) bénéficieront de l’eau du dimanche midi au mercredi matin tandis que Vinça prendra le relais jusqu’au samedi midi.
Des prises d’eau ont donc été crées au fil du temps en des points différents de la Têt, mais tous ces canaux, au nombre de trois aujourd’hui, rejoignent à un moment donné le primitif canal royal de Thuir. De nos jours, il est encore possible de suivre le cours du canal royal à pied depuis Vinça jusqu’à Perpignan. ENTRE PLAISIR ET NECESSITE : TEMOIGNAGES DE L'EAU AU SIECLE DERNIER
A l’image d’autres communes thermales du département, Vinça possédait autrefois ses propres bains, avec les établissements de Nossa. Construits au début du XIXe siècle, ils ont été exploités jusque dans les années 1930. Les bains se trouvaient situés au confluent de la Têt et d’un ruisseau nommé « coma calenta », bien connu pour ses eaux sulfureuses et déjà mentionné dans un texte de 1286. En 1810, Sébastien Escanyé, maire de Vinça, devient propriétaire du terrain et décide de construire un établissement thermal. On compte alors environ 80 curistes par an dans les années 1830, avant que la famille Escanyé ne vende les bains en 1876. D’EAU ET DE MARBRE : LES FONTAINES DE VINCA
C’est à partir du milieu du XIXe siècle que commence véritablement à se poser la question globale de l’irrigation en Roussillon, sous l’effet des pénuries successives d’eau en période estivale. Non loin des sources de la Têt, au niveau de la cuvette naturelle des Bouillouses, un premier barrage est construit par l’Etat entre 1902 et 1910. C’est néanmoins la production hydro-électrique qui y sera privilégiée au dépend de l’agriculture. Evoquée dans les années 1880, la question d’un barrage à Vinça resurgit dans un rapport de l’ingénieur Quesnel daté de 1935. L’idée consiste à créer dans le défilé en aval de Vinça un ouvrage dédié à la fois à l’irrigation et à la production hydro-électrique. L’étanchéité de la cuvette granitique de Vinça sera suffisante pour limiter les infiltrations tandis que l’ensablement de la retenue provoqué par l’afflux de sédiments ne devrait pas se produire avant au moins une centaine d’années. Il faudra néanmoins prévoir des vidanges périodiques pour provoquer un phénomène de « chasse ». Le projet, loin de faire l’unanimité, ne sera repris qu’en 1957 par les Ponts et Chaussées. Entre temps, le département aura connu une crue millénaire, la fameuse aiguat de 1940, qui a causé des dégâts considérables tant humains que matériels dans les vallées de la Têt et du Tech. Après ce sinistre épisode, l’écrêtage des crues deviendra une nécessité.
Le barrage de Vinça est finalement construit entre 1974 et 1978 au niveau de la gorge formée par la colline Saint-Pierre de Belloch. L’ouvrage affiche des dimensions colossales : une longueur de 190m, une hauteur de 60m, ceci pour une largeur au sommet de 6m. Il a permis la création d’un lac artificiel étroit et allongé de 24 millions de m3 d’eau, pour une surface de 190ha au maximum de son remplissage. Le barrage est la propriété du Conseil Général, principal financeur du projet. Il a deux objectifs principaux : l’irrigation et l’écrêtage des crues, la production électrique étant abandonnée. Sur le plan agricole, il doit améliorer les conditions d’irrigation existantes et permettre la création de nouveaux secteurs irrigués. Dès sa création, il garantit l’arrosage estival d’environ 7000 ha de cultures dans la basse vallée de la Têt, alimente pour cela les vieux canaux de Corbère, de Thuir et de Perpignan, et permet une intensification des productions fruitières dans le Riberal et la partie inférieure du Roussillon.
• Du 1er janvier au 30 juin, la retenue se remplit lentement bénéficiant de la fonte des neiges et des pluies printanières ; • du 1er juillet au 30 septembre, l’eau est progressivement déstockée pour les besoins de l’irrigation ; • du 1er octobre à la fin de l’année, la retenue est pratiquement vide pour pouvoir absorber ou écrêter les crues d’automne, les plus fréquentes et les plus dangereuses dans le bassin de la Têt. Equipement hydraulique majeur de la Têt, le barrage de Vinça a été accompagné dans les années 1970 par l’aménagement d’une seconde retenue d’eau : celle de Villeneuve de la Raho, localité située à quelques kilomètres au sud de Perpignan. Destinée à l’irrigation de la partie méridionale du Roussillon, cette retenue de 150 ha constitue un seul et même complexe avec la retenue de Vinça qui l’alimente par le biais des canaux de Perpignan, de Corbère et de Thuir. Propos inspirés par l’ouvrage : Numa BROC, Michel BRUNET, Sylvie CAUCANAS, Bertrand DESAILLY et Jean-Pierre VIGNEAU, De l’eau et des hommes en Terre Catalane, Perpignan, Editions El Trabucaïre, 1992.
Non prévu à l’origine, le petit lac des Escoumes est venu agrémenter le paysage aquatique vinçanais parallèlement à la construction du barrage. La digue des Pountets, haute de 25 m, isole un plan d’eau de 11 ha pour environ 1 million de m3. Séparé de la retenue d’eau principale du barrage au nord, le lac des Escoumes a donc un niveau constant qui le rend propre aux activités touristiques et nautiques en particulier : baignade, voile, camping... La qualité de son eau, ainsi que la silhouette majestueuse du Canigou qui s’y reflète, en font un lieu très apprécié des visiteurs.
Dans la région de Vinça, et plus généralement dans la plaine du Roussillon, le XXe siècle a marqué le passage d’une polyculture vivrière à une monoculture basée sur l’exploitation des arbres fruitiers. Aujourd’hui, le Roussillon est devenu le premier producteur et exportateur français de pêches, abricots et nectarines. Cet essor fruitier a été rendu possible par l’amélioration des techniques d’irrigation et l’arrivée du chemin de fer qui a procuré un débouché commercial aux productions locales. Dans l’arrière pays vinçanais, l’arboriculture omniprésente structure l’harmonie d’un paysage agraire bien identifié par sa teinte rosée printanière sur fond de Canigou enneigé.
En parcourant les champs d’arbres fruitiers, on distingue les vieux canaux d’irrigation gravitaires sur lesquels chaque usager devait venir « se brancher » pour arroser sa parcelle. Le rôle de ces canaux gravitaires, en grande partie cantonné aujourd’hui à l’arrosage des jardins, tend à régresser. Un nouveau type d’arrosage s’est progressivement imposé depuis les années 1970 consistant à amener de l’eau sous pression aux différentes parcelles. On parle d’arrosage localisé ou encore de « goutte à goutte ». A partir des ancestraux canaux gravitaires, l’eau est d’abord filtrée dans des stations avant d’être envoyée dans des canalisations souterraines. Chaque groupe de parcelles dispose alors d’une antenne qui distribue l’eau à chaque terrain par un système de vannes, le vannier assurant la rotation des tours d’eau. Ce système bien que souterrain est néanmoins très visible dans le paysage avec les nombreux tuyaux équipés de micro jets qui serpentent à travers les champs de pêchers. Au total, ce sont deux méthodes d’irrigation, gravitaire et localisé, qui cohabitent aujourd’hui dans la plaine, régies par leur propre règlement.
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