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VINCA : UNE ANCIENNE VILLE ROYALE AU CŒUR DE LA CATALOGNE
Les premiers documents connus concernant la ville de Vinça datent du Xe siècle, où il est d’abord fait mention d’un Castrum Vinsanum en 939, puis d’une Villa Vincanum en 950. Le nom Vincius, supposé dériver d’un personnage latin, et accompagné du terme villa désignant un domaine agricole, est peut-être révélateur d’une origine gallo-romaine de la cité, ce que l’on ne peut néanmoins que supposer faute de preuves.  A l’époque carolingienne (VIIIe – Xe siècles), le castrum de Vinça, mentionné en 939, correspond sans doute à un château féodal primitif qui devait être situé près de l’endroit ou aller se développer un village fortifié dès le XIIème siècle, celui que nous connaissons aujourd’hui. Certains historiens pensent d’ailleurs que l’origine étymologique du terme vincanum aurait un rapport avec les circonscriptions administratives carolingiennes connues sous le nom de vigueries, ou vicaria. C’est au XIe siècle qu’est bâtie l’église primitive de Vinça dédiée à Saint-Julien, ainsi que la petite chapelle romane Saint-Pierre-de-Belloch située sur la colline qui surplombe l’actuel barrage sur la Têt.
  
Possession directe des comtes de Cerdagne Conflent, Vinça devient ville royale au XIIe siècle lorsque les comtés de Roussillon et de Cerdagne Conflent sont intégrés dans le royaume d’Aragon. Au sein de ce royaume aragonais, Nuno Sanche, qui est le comte viager de Cerdagne Conflent, accorde en février 1218 à la ville de Vinça les privilèges d’une ville franche, comme à Villefranche-de-Conflent. Ces mêmes privilèges sont confirmés et augmentés le 22 octobre 1245 par Jacques Ier le Conquérant, père du futur Jacques II, fondateur d’un éphémère royaume de Majorque centré sur Perpignan et émancipé de la tutelle aragonaise jusqu’en 1344. En contrepartie des franchises accordées, les habitants doivent construire et entretenir à leurs frais de nouvelles fortifications, les remparts primitifs de Vinça étant soit tombés en ruine, soit devenus trop étroits au regard de la croissance du village.   Cette muraille encore largement visible aujourd’hui n’a conservé que deux de ses portes médiévales : la porte de France ou de Marcevol, et la porte du Barri del Prat ou de Domanova ; le barri désignant en français le faubourg qui s’est développé en dehors des remparts au XIIIe siècle sous l’effet de la croissance démographique mais aussi des franchises ayant attiré de nombreux artisans. La porte del Puig et celle de la Vilanova ont quant à elles été détruites aux XIXe et début XXe siècles. Dans les années 1330, de nouvelles murailles seront édifiées pour protéger les faubourgs en pleine expansion. La ville abrite ainsi 124 feux en 1367, soit environ 500 habitants, alors que Prades n’en compte que 300 à la même époque. En 1347, après avoir adopté le parti du roi de Majorque Jacques II, Vinça doit subir l’attaque des partisans du roi d’Aragon avant de céder aux vainqueurs. Les habitants de Vinça, punis par le roi d’Aragon, seront alors temporairement privés de fortifications et devront se réfugier au village fortifié d’Espira, à environ 6 Km, en cas de danger.
Ville royale jusqu’alors, la seigneurie de Vinça va être donnée en franc alleu par le roi d'Aragon Pierre III à ses filles Constance (reine de Sicile) et Jeanne en 1375. Ce fut cette dernière qui hérita finalement de Vinça, la seigneurie évoluant par la suite en fonction des alliances et mariages successifs. Précisons que la fin du XIVe siècle marque l’âge d’or d’une Catalogne englobée dans un royaume aragonais dont les possessions s’étendent sur le pourtour méditerranéen jusqu’en Sardaigne et en Sicile.
Confisquée pendant quelques années par Louis XI (1468-1493) durant la première occupation militaire française du Roussillon, la seigneurie de Vinça sera ensuite partagée entre diverses familles, avant d'être rachetée par le domaine royal en 1586. A cette date, Vinça redevient donc ville royale, et le restera jusqu'à la Révolution Française. Ses origines royales expliquent que, depuis 1350 au moins, année où le consulat se procura un sceau, Vinça ait arboré pour ses armes les pals d’Aragon qu’elle échangera contre les fleurs de lys françaises après le traité des Pyrénées de 1659 et l’intégration définitive du Roussillon à la couronne de France.
A la Révolution Française, le hameau de Sahorle, au sud-ouest de la ville, est rattaché à la commune de Vinça. Il abrite une chapelle baroque du XVIIe siècle dédiée à Sainte-Marie Madeleine. Au début du XXe siècle, la municipalité de Vinça reprend l’expression portée par la girouette de la maison Sabater, « ARA I SEMPRE » (maintenant et toujours), pour en faire sa devise républicaine.
Lors de ce même siècle, et avec la montée des préoccupations agronomiques en Roussillon, le destin de Vinça bascule. La ville va dès lors accueillir le plus important aménagement hydraulique du cours de la Têt, le barrage de Vinça, tandis que dans l’arrière pays pêchers et abricotiers recouvrent la plaine de leur magnifique teinte rosée au sortir de l’hiver.
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